# Comment réaliser un joint entre plaques d’aggloméré ?
Les panneaux d’aggloméré constituent une solution économique et polyvalente pour de nombreux projets de menuiserie et d’aménagement intérieur. Qu’il s’agisse de créer des meubles sur mesure, de réaliser des cloisons ou d’habiller des surfaces, ces matériaux composés de particules de bois compressées présentent toutefois un défi spécifique : la réalisation de joints invisibles et durables entre les plaques. Contrairement au plâtre ou au bois massif, l’aggloméré nécessite une approche technique particulière pour garantir des assemblages esthétiques et résistants dans le temps. La porosité du matériau, sa sensibilité à l’humidité et sa structure granuleuse exigent des produits et des techniques adaptés que tout professionnel ou bricoleur averti doit maîtriser.
Le jointoiement des panneaux d’aggloméré représente bien plus qu’une simple question d’esthétique. Il participe directement à la solidité de l’ouvrage, à son étanchéité et à sa durabilité. Un joint correctement réalisé protège les chants fragiles de l’aggloméré contre l’infiltration d’humidité, prévient les déformations et crée une surface uniforme prête à recevoir la finition de votre choix. Que vous prépariez vos panneaux pour une peinture, un placage décoratif ou simplement pour obtenir une surface lisse, la qualité du jointoiement déterminera le résultat final de votre projet.
Matériaux et outils nécessaires pour jointoyer les panneaux d’aggloméré
La réussite d’un joint entre plaques d’aggloméré repose avant tout sur le choix des matériaux appropriés. Les produits utilisés doivent répondre aux caractéristiques spécifiques de ce matériau composite, notamment sa porosité variable et son coefficient de dilatation différent de celui du bois massif. L’arsenal du professionnel comprend plusieurs catégories de produits, chacun répondant à des besoins techniques précis selon la destination finale de l’ouvrage et les contraintes environnementales auxquelles il sera soumis.
Mastics acryliques et silicones adaptés au bois reconstitué
Les mastics acryliques constituent le choix privilégié pour jointoyer l’aggloméré destiné à recevoir une finition peinte. Leur composition permet une excellente adhérence sur les supports poreux tout en offrant une capacité de comblement satisfaisante pour les joints allant jusqu’à 5 millimètres. Ces produits présentent l’avantage d’être peintables après polymérisation complète, généralement entre 2 et 4 heures selon l’hygrométrie ambiante. Les formulations récentes intègrent des fibres qui renforcent la résistance mécanique du joint et limitent les risques de fissuration lors des mouvements dimensionnels du support.
Pour les applications en milieu humide ou lorsque vous recherchez une flexibilité maximale, les mastics silicones neutres s’imposent comme la solution technique. Ces produits développent une excellente résistance à l’eau et conservent leur élasticité dans le temps, absorbant ainsi les variations dimensionnelles sans se fissurer. Attention toutefois : la plupart des silicones ne peuvent recevoir de peinture, ce qui oriente leur utilisation vers les joints définitifs ou ceux destinés à rester apparents. Le marché propose désormais des silicones hybrides qui combinent les avantages des deux technologies, offrant à la fois l’élasticité du silicone et la possibilité d’une finition peinte.
Spatules coudées et couteaux
Spatules coudées et couteaux à enduire professionnels
Pour obtenir un joint entre plaques d’aggloméré vraiment régulier, le choix des outils de lissage est presque aussi important que le choix du mastic. Les spatules coudées et les couteaux à enduire professionnels permettent de travailler au ras de la surface sans « creuser » le joint, tout en gardant la main à distance lorsque l’accès est difficile, par exemple à l’intérieur d’un caisson ou sous un plan de travail. Leur lame souple mais stable aide à répartir le mastic de façon homogène et à limiter les reprises visibles après ponçage.
Privilégiez des couteaux à enduire de différentes largeurs (5, 10 et 15 cm) afin d’adapter l’outil à la largeur du joint et à la quantité de produit à étaler. Les modèles en inox poli sont plus faciles à nettoyer et la glisse est nettement meilleure, ce qui réduit le risque de stries dans le mastic frais. Les spatules coudées, quant à elles, sont particulièrement utiles pour lisser un joint entre aggloméré et un autre matériau (plaque de plâtre, mur maçonné), car l’angle déporté permet de garder un appui bien à plat sur chaque surface.
Vous pouvez compléter cet équipement par une petite spatule rigide pour charger les creux profonds et par une large lame de 25 à 30 cm pour « fondre » les joints sur de grandes surfaces d’aggloméré. En pratique, plus la lame est large, plus la transition entre le joint et le panneau sera progressive et donc invisible après peinture ou placage. N’hésitez pas à tester vos couteaux sur une chute de panneau : un bon outil se reconnaît à sa capacité à laisser un film de mastic régulier, sans bourrelets ni manques.
Papiers abrasifs grain 120 à 240 pour finitions
Le ponçage constitue une étape clé pour transformer un simple cordon de mastic en joint discret et parfaitement intégré à la surface des plaques d’aggloméré. Les papiers abrasifs de grain 120 à 240 sont particulièrement adaptés à ce matériau, car ils permettent de corriger les surépaisseurs sans « arracher » les particules de bois. Un grain trop agressif risquerait de mettre à nu les copeaux et de créer des zones plus poreuses, difficiles à masquer ensuite.
En règle générale, on commence par un grain 120 ou 150 pour dégrossir les excès de mastic et rattraper les petits défauts de planéité. Une fois la surface globalement à niveau, un ponçage de finition au grain 180 puis 220/240 permet d’obtenir une texture très proche de celle de l’aggloméré brut. Vous remarquerez d’ailleurs que les meilleurs joints sont ceux que l’on ne sent presque plus au toucher lorsque l’on passe la main en travers du panneau.
Pour garder un ponçage homogène, utilisez toujours une cale abrasive rigide ou semi-rigide plutôt qu’un simple papier tenu entre les doigts. La cale répartit la pression et empêche de créer des vagues autour du joint. Sur les grandes surfaces, une ponceuse vibrante ou excentrique équipée d’un abrasif grain 180 vous fera gagner du temps, à condition de travailler avec une vitesse modérée et des passages croisés, comme si vous repassiez un tissu délicat.
Enduits de rebouchage fibré et pâte à bois bi-composant
Certaines configurations imposent d’aller au-delà du simple mastic de jointoiement, notamment lorsque les jeux entre plaques d’aggloméré dépassent 5 mm ou que des éclats importants sont à réparer. Dans ces cas, les enduits de rebouchage fibrés et les pâtes à bois bi-composant deviennent vos meilleurs alliés. Leur formulation renforcée supporte mieux les contraintes mécaniques et limite les risques de fissuration à la jonction des panneaux.
L’enduit fibré, souvent à base de plâtre ou de résine chargée de fibres, est idéal pour combler des manques de matière, des arrachements de chants ou des trous de vis agrandis. Sa consistance plus ferme permet de le modeler et de reconstruire un bord de panneau avant d’affiner le joint au mastic acrylique. La pâte à bois bi-composant, quant à elle, durcit très rapidement et offre une excellente résistance à l’arrachement, ce qui la rend particulièrement adaptée pour les zones sollicitées ou destinées à recevoir des fixations.
Comment les intégrer dans votre stratégie de jointoiement ? Pensez ces produits comme un « gros œuvre de la finition » : on rebouche d’abord profondément avec un enduit renforcé ou une pâte à bois, on laisse sécher ou polymériser, puis on vient réaliser le joint de finition avec un mastic souple adapté à l’aggloméré. Cette approche en deux temps garantit une base stable tout en conservant la souplesse nécessaire en surface pour accompagner les micro-mouvements des panneaux.
Préparation des chants et surfaces d’aggloméré avant application
Avant même de sortir votre cartouche de mastic, la préparation des chants et des surfaces conditionne directement la qualité et la longévité du joint entre plaques d’aggloméré. On pourrait comparer cette étape à la préparation d’un support avant peinture : plus elle est soignée, plus le résultat final sera propre et durable. L’aggloméré étant un matériau particulièrement sensible à l’humidité et à la poussière, quelques gestes simples permettent de garantir une adhérence optimale des produits de jointoiement.
Dépoussiérage et dégraissage des tranches de panneaux
Lorsque l’on découpe des panneaux d’aggloméré ou que l’on ajuste des chants sur chantier, une fine poussière de bois s’accumule dans les pores du matériau. Si elle n’est pas éliminée, cette poussière agit comme une barrière entre l’aggloméré et le mastic, diminuant fortement l’adhérence. Il est donc indispensable de dépoussiérer soigneusement les tranches et les surfaces en contact à l’aide d’une brosse souple et d’un aspirateur muni d’un embout fin.
Pour les projets exigeant une finition durable, notamment en cuisine ou en salle d’eau, un léger dégraissage complète ce nettoyage. Un chiffon non pelucheux légèrement imbibé d’alcool à brûler ou d’acétone (en veillant à tester au préalable sur une chute) permet d’éliminer les traces de colle, de gras ou de silicone résiduel. Vous vous demandez si cette étape est vraiment nécessaire ? Sur un matériau aussi absorbant que l’aggloméré, le moindre film gras peut suffire à provoquer, à terme, des décollements localisés du joint.
Veillez à laisser sécher complètement les chants après dégraissage. Travailler sur un support encore humide reviendrait à piéger l’eau sous le mastic ou l’enduit, avec à la clé un risque accru de cloques et de microfissures. Un bon repère consiste à attendre que la teinte de l’aggloméré retrouve son aspect initial avant de passer à l’étape suivante.
Ponçage des arêtes avec cale abrasive
Les découpes d’aggloméré laissent souvent des arêtes légèrement éclatées ou des micro-bavures qui rendent la jonction entre deux plaques difficilement invisible. Un ponçage rapide mais méthodique des chants permet de casser ces aspérités et de préparer une zone de contact nette pour le joint. Utilisez une cale abrasive équipée d’un grain 120 ou 150 et effectuez quelques passes légères dans le sens de la longueur du chant.
L’objectif n’est pas de chanfreiner fortement les bords, mais simplement de supprimer les fibres saillantes qui pourraient retenir le mastic ou le faire adhérer de manière inégale. Sur les assemblages apparents, un très léger arrondi (rayon de 1 à 2 mm) facilite d’ailleurs le lissage du joint et améliore la transition visuelle entre les deux panneaux. C’est un peu comme ajuster deux pièces de puzzle : plus les bords sont propres, plus l’assemblage est discret.
Pensez également à poncer légèrement la surface de l’aggloméré à proximité immédiate du joint, surtout si elle présente un film de fabrication lisse et légèrement brillant. Un égrenage superficiel augmente la micro-adhérence du mastic ou de l’enduit, à la manière d’un accrocheur mécanique. N’oubliez pas de dépoussiérer de nouveau après ce ponçage pour ne pas enfermer la poudre dans le futur joint.
Application d’un primaire d’accrochage sur supports bruts
Sur des agglomérés très absorbants ou en milieu humide, l’application d’un primaire d’accrochage avant jointoiement améliore sensiblement la tenue des produits dans le temps. Ces primaires, souvent à base d’acrylique ou d’époxy dilué, pénètrent dans la structure granuleuse de l’aggloméré et en « durcissent » la surface, tout en homogénéisant la porosité. Le mastic ou l’enduit se fixe ainsi sur un support stabilisé, moins sujet aux remontées d’humidité et aux variations de gonflement.
La mise en œuvre reste simple : après dépoussiérage, appliquez le primaire au pinceau fin ou à la brosse sur les chants et la zone de quelques centimètres de part et d’autre du futur joint. Respectez scrupuleusement les temps de séchage indiqués par le fabricant, généralement compris entre 30 minutes et 2 heures. Travailler sur un primaire encore collant risquerait de diluer sa surface avec le mastic et de réduire son efficacité.
Faut-il toujours utiliser un primaire sur l’aggloméré ? Pas nécessairement. Sur des assemblages intérieurs, loin de toute source d’humidité et peu sollicités mécaniquement, un simple dépoussiérage peut suffire. En revanche, dès que l’on parle de plan de travail, de panneaux sous évier ou de grandes cloisons soumises à des variations de température, le primaire devient une assurance supplémentaire contre les décollements et les fissurations prématurées.
Contrôle de l’alignement et des jeux entre plaques
Avant d’ouvrir la cartouche de mastic, vérifiez systématiquement l’alignement et les jeux entre les plaques d’aggloméré. Un joint ne doit jamais servir à « rattraper » une mauvaise mise en œuvre structurelle. À l’aide d’une règle de maçon ou d’une grande règle de menuisier, contrôlez la planéité sur la longueur de la jonction : les deux panneaux doivent être au même niveau, sans décalage supérieur à 1 mm, faute de quoi le joint restera visible même après ponçage et finition.
Mesurez ensuite le jeu entre les plaques. Pour un joint de mastic classique, un espace de 2 à 4 mm offre un bon compromis entre capacité de comblement et flexibilité. Un jeu trop faible (moins de 1 mm) rend la pénétration du produit difficile et limite sa capacité à absorber les mouvements différentiels. À l’inverse, un jeu supérieur à 5 mm nécessite généralement un rebouchage préalable avec un enduit renforcé ou une cale d’aggloméré rapportée pour éviter un retrait excessif du joint.
Si des écarts importants sont constatés, il est souvent plus judicieux de reprendre la fixation ou le calage des panneaux avant d’aller plus loin. Pensez par exemple à insérer de fines cales en MDF ou en aggloméré sur la structure porteuse pour remettre les chants au même niveau. Un bon alignement est à la fois un gage d’esthétique et une assurance contre les contraintes ponctuelles qui pourraient, à terme, fissurer le joint ou provoquer un décollement localisé.
Techniques d’application du mastic pour joints invisibles
Une fois les supports correctement préparés, vient l’étape clé : l’application du mastic pour obtenir un joint entre plaques d’aggloméré aussi discret que possible. La façon dont vous extrudez, répartissez et lissez le produit fera toute la différence entre un simple colmatage et un vrai joint invisible. Comme en peinture, la technique de geste compte autant que la qualité du produit utilisé.
Méthode du cordon continu avec pistolet extrudeur
Le pistolet extrudeur est l’outil de base pour déposer un cordon de mastic régulier dans le joint entre deux panneaux d’aggloméré. Commencez par couper l’embout de la cartouche en biseau à un diamètre légèrement inférieur à la largeur du joint que vous souhaitez remplir. Cette coupe en angle permet d’orienter le flux de produit exactement dans la fente, un peu comme on dirigerait un filet de colle dans une rainure.
Positionnez l’embout au début du joint, insérez-le légèrement dans l’espace entre les plaques si possible, puis pressez la gâchette du pistolet en avançant d’un mouvement continu. L’objectif est de remplir le joint sur toute sa profondeur en une seule passe, sans créer de poches d’air. Si vous constatez des manques ou des bulles, n’hésitez pas à revenir immédiatement en arrière et à rajouter légèrement de matière avant le lissage.
Pour les joints verticaux, travaillez de bas en haut ou de haut en bas selon votre aisance, mais gardez une vitesse d’avancement régulière. Vous verrez vite qu’un cordon trop rapide laisse des zones creuses, tandis qu’un cordon trop lent surcharge le joint et obligera à enlever beaucoup de produit au lissage. L’idée est de déposer un volume légèrement supérieur au volume utile, de façon à ce que le lissage puisse chasser l’excédent sans laisser de creux.
Lissage à la spatule humide en un seul passage
Une fois le cordon extrudé, le lissage doit intervenir immédiatement, tant que le mastic est encore parfaitement frais. Humidifiez légèrement la lame de votre spatule ou de votre couteau à enduire avec de l’eau claire (pour un mastic acrylique) ou avec le produit recommandé par le fabricant pour d’autres technologies. Cette fine pellicule d’eau agit comme un agent de glissement, à la manière du savon sur une vitre, et évite au mastic d’accrocher à l’inox.
Placez la lame à cheval sur les deux plaques d’aggloméré, en la maintenant avec un angle faible (environ 30°), puis tirez le joint d’un seul mouvement continu. L’objectif est de chasser l’excédent de mastic tout en laissant le joint rempli à fleur des surfaces. Si vous devez repasser, faites-le immédiatement pour ne pas créer de surépaisseurs ou de marques de reprise. À ce stade, mieux vaut faire plusieurs passes légères qu’une seule très appuyée qui risquerait de creuser le joint.
Pour les joints visibles, certains professionnels préfèrent terminer par un léger lissage du bout du doigt, également humidifié, afin de gommer les traces de spatule dans les zones difficiles. Cette technique, proche de celle utilisée pour les joints de carrelage, peut s’avérer précieuse autour des découpes ou à la jonction de l’aggloméré avec d’autres matériaux. Veillez toutefois à ne pas trop appuyer : l’idée n’est pas d’écraser le joint mais de polir sa surface.
Gestion du retrait et temps de séchage selon hygrométrie
Comme tout produit aqueux appliqué sur un support poreux, un mastic acrylique subit un retrait au séchage. Sur l’aggloméré, ce phénomène est accentué par la capacité d’absorption du matériau, surtout si les chants sont bruts. Pour éviter de vous retrouver avec un joint légèrement creux, anticipez ce retrait en prévoyant une très légère surépaisseur lors du lissage, presque imperceptible au doigt mais suffisante pour compenser la diminution de volume.
Les temps de séchage annoncés par les fabricants (souvent 2 à 4 heures pour un recouvrement et 24 heures pour une polymérisation complète) sont donnés pour une hygrométrie et une température standard. Dans une pièce froide ou très humide, ils peuvent facilement doubler. À l’inverse, dans un atelier chauffé et ventilé, le mastic peut « croûter » en surface en quelques dizaines de minutes, rendant tout rattrapage difficile. Surveillez donc l’évolution du joint et adaptez votre planning de ponçage et de finition en conséquence.
Une règle simple peut vous guider : tant que le joint marque nettement à l’ongle et que la surface reste légèrement souple, il est trop tôt pour poncer. Attendez que le mastic ait durci à cœur, sans pour autant devenir cassant. Vous travaillez sur une grande surface d’aggloméré ? N’hésitez pas à fractionner vos opérations : jointoiement le matin, ponçage le lendemain, ce rythme laisse au produit le temps de stabiliser son volume et limite les risques de microfissures liées à un ponçage trop précoce.
Traitement spécifique des joints de dilatation sur grandes surfaces
Sur de grandes surfaces en aggloméré, qu’il s’agisse d’un plancher technique, d’un doublage de mur ou d’un plateau de mobilier de grande longueur, les mouvements dimensionnels ne sont pas à négliger. Le bois reconstitué se dilate et se rétracte en fonction de l’humidité ambiante, parfois de plusieurs millimètres sur plusieurs mètres de longueur. C’est pourquoi il est indispensable de prévoir des joints de dilatation spécifiques, plus larges et plus souples que les simples joints de finition.
Ces joints de dilatation, généralement de 5 à 10 mm, ne doivent pas être comblés par un enduit rigide, sous peine de fissurer très rapidement. On utilise à la place des mastics très élastiques (silicones neutres, hybrides MS polymères) parfois associés à un fond de joint en mousse compressible. Le fond de joint permet de maîtriser la profondeur de mastic et d’assurer une section de joint adaptée aux mouvements attendus, un peu comme une articulation dimensionnée pour un certain angle de rotation.
Dans la pratique, on laissera ces joints légèrement creux ou simplement affleurants, en acceptant qu’ils restent visibles. Ils peuvent toutefois être peints si l’on opte pour un mastic compatible peinture ou masqués sous un profilé décoratif, par exemple à la jonction d’un plateau d’aggloméré et d’un mur. L’important est de respecter la fonction première du joint de dilatation : permettre aux plaques d’aggloméré de « vivre » sans transmettre ces mouvements à la finition, qu’il s’agisse de peinture, de stratifié ou de carrelage collé.
Finitions et ponçage après polymérisation du joint
Une fois le mastic parfaitement polymérisé, le travail de jointement entre plaques d’aggloméré se poursuit par une phase de finition minutieuse. C’est elle qui fera passer votre joint d’un simple trait comblé à une véritable jonction invisible, prête à être peinte ou revêtue. Cette étape combine ponçage progressif, traitement de la porosité et préparation de surface adaptée à la finition choisie.
Égrenage progressif du grain 150 au grain 240
Commencez le ponçage par un égrenage au grain 150 pour éliminer les surépaisseurs de mastic et égaliser la zone de joint. Travaillez avec une cale bien plane, en effectuant des mouvements longitudinaux dans l’axe du joint, puis en croisant légèrement les passes. L’objectif est d’obtenir une transition douce entre le joint et la surface de l’aggloméré, sans marche perceptible au toucher.
Une fois cette mise à niveau réalisée, poursuivez avec un abrasif grain 180, puis terminez au grain 220 ou 240 pour affiner la texture. Cette montée progressive en finesse évite de creuser la surface tout en supprimant les micro-rayures laissées par les grains plus grossiers. Si vous passez la main à plat, vous ne devriez presque plus distinguer la zone du joint, ni visuellement ni au toucher.
Sur les grands panneaux, l’utilisation d’une ponceuse vibrante équipée d’un plateau souple permet de conserver une pression homogène et de réduire le temps de travail. Veillez toutefois à ne pas insister trop longtemps au même endroit : un ponçage localisé peut rapidement créer une cuvette autour du joint, difficile à rattraper ensuite. Comme souvent en finition, mieux vaut plusieurs passages modérés qu’une seule attaque agressive.
Application de bouche-pores pour uniformiser la texture
Une particularité de l’aggloméré est sa texture de surface irrégulière, plus ou moins poreuse selon les zones. Après jointoiement, on se retrouve donc souvent avec une zone de mastic relativement lisse entourée d’un support plus absorbant. Sans traitement complémentaire, cette différence de porosité se traduit par des nuances de brillance ou de teinte après peinture ou vernis, ce que l’on appelle l’effet loupe sur les joints.
L’application d’un bouche-pores ou d’un primaire de remplissage permet d’uniformiser cette texture avant la finition. Ce produit, souvent à base d’acrylique ou de résine spécifique, pénètre dans les pores de l’aggloméré et crée une pellicule de surface régulière, à la manière d’une sous-couche sur un mur en plâtre. Appliquez-le au rouleau mousse ou au pinceau large sur l’ensemble de la surface, en insistant légèrement sur la zone du joint.
Après séchage complet, un léger égrenage au grain 220 éliminera les fibres soulevées et laissera une surface parfaitement homogène prête à recevoir la finition. Vous hésitez à ajouter cette étape ? Sur un mobilier ou un agencement destiné à être peint avec une laque satinée ou brillante, elle fait souvent la différence entre un rendu « amateur » et un résultat digne d’un atelier professionnel, en effaçant complètement la mémoire du joint.
Préparation pour peinture ou placage décoratif
La dernière étape consiste à adapter la préparation de surface à la finition finale souhaitée : peinture, stratifié, mélaminé ou placage bois. Pour une peinture, après bouche-pores et égrenage, appliquez une sous-couche adaptée aux panneaux dérivés du bois, puis au moins deux couches de finition en respectant les temps de séchage. La sous-couche joue un double rôle : elle améliore l’accrochage et homogénéise encore la teinte et la porosité, ce qui contribue à rendre le joint totalement invisible.
Pour un placage décoratif (stratifié, mélaminé collé, placage bois), la planéité est encore plus critique. Toute surépaisseur ou creux au niveau du joint se traduira par un défaut visible sous le revêtement, voire par un risque de décollement localisé. Assurez-vous donc que la surface est parfaitement plane avant d’encoller. Un contrôle avec une règle métallique ou un profilé aluminium placé en travers du joint permet de détecter les défauts inférieurs au millimètre.
Dans le cas de revêtements collés sous presse ou sous vide, il est recommandé d’utiliser des colles adaptées aux panneaux d’aggloméré et de respecter scrupuleusement les pressions et durées de serrage. Le joint sous-jacent doit être complètement sec et stabilisé pour éviter tout retrait ultérieur qui pourrait marquer le placage. En procédant ainsi, vous obtenez non seulement un joint invisible mais aussi une surface parfaitement stable dans le temps.
Résolution des défauts courants : fissuration et décollements
Malgré toutes les précautions, il arrive que certains joints entre plaques d’aggloméré présentent des défauts dans le temps : fissurations fines, micro-décollages ou zones qui marquent sous la finition. Plutôt que de tout reprendre, il est souvent possible d’intervenir de manière ciblée, à condition d’identifier correctement la cause du problème. Un peu comme un médecin face à un symptôme, il s’agit de trouver l’origine du désordre avant de prescrire le bon traitement.
Les fissurations fines, en toile d’araignée ou le long du joint, résultent généralement d’un produit trop rigide utilisé sur un support soumis à des mouvements (par exemple un enduit de rebouchage dur sur une grande cloison). La solution consiste alors à ouvrir légèrement la fissure au cutter, dépoussiérer, puis la remplir avec un mastic plus souple (acrylique fibré ou hybride) avant de reprendre localement la finition. De cette façon, on recrée une zone capable d’absorber les micro-dilatations sans les transmettre à la surface.
Les décollements localisés se traduisent souvent par un joint qui sonne creux ou qui se détache en écaille lorsqu’on gratte légèrement. Ils sont le signe d’une mauvaise préparation de support (poussière, gras, humidité résiduelle) ou d’une incompatibilité entre produits. Dans ce cas, il faut enlever sans concession toute la partie mal adhérente, parfois sur quelques centimètres de chaque côté, nettoyer soigneusement l’aggloméré, éventuellement appliquer un primaire, puis refaire le joint avec un mastic adapté. Mieux vaut une réparation franche sur une petite zone qu’une série de retouches superficielles qui ne tiendront pas.
Enfin, si le défaut n’apparaît qu’après peinture (auréoles, différences de brillance au droit du joint), il s’agit le plus souvent d’un problème de porosité ou de préparation de surface. La correction passera alors par un léger ponçage de la zone, l’application locale ou générale d’un bouche-pores ou d’une sous-couche de rattrapage, puis une reprise de la finition. Certes, ces reprises demandent un peu de temps, mais elles vous évitent de voir réapparaître le joint au fil des mois, notamment sous un éclairage rasant qui mettra en évidence la moindre imperfection.