Comment rénover un plancher en brique ancien ?

# Comment rénover un plancher en brique ancien ?

Les planchers en brique anciens constituent un patrimoine architectural précieux qui témoigne du savoir-faire artisanal d’autrefois. Ces sols robustes, construits avec des briques foraines ou pleines, ornent encore de nombreuses demeures historiques, fermes rénovées et bâtiments industriels reconvertis. Leur charme rustique et leur authenticité en font des éléments de décoration très recherchés, mais leur restauration demande une approche méthodique et respectueuse du matériau d’origine. La rénovation d’un plancher en brique ne s’improvise pas : elle nécessite une compréhension approfondie des techniques traditionnelles, une évaluation précise de l’état du support et l’utilisation de produits adaptés. Contrairement aux idées reçues, restaurer ces sols ancestraux ne se limite pas à un simple nettoyage de surface. Il s’agit d’un véritable travail de conservation qui implique diagnostic, réparation structurelle, traitement de protection et entretien régulier pour préserver leur beauté pendant des décennies.

Diagnostic préalable de l’état du plancher en brique ancien

Avant d’entreprendre toute intervention sur un plancher en brique ancien, un diagnostic approfondi s’impose. Cette étape cruciale permet d’identifier les pathologies présentes, d’évaluer l’ampleur des travaux nécessaires et de définir la stratégie de rénovation la plus appropriée. Un examen méticuleux révèlera non seulement les dégradations visibles en surface, mais également les problèmes structurels sous-jacents qui pourraient compromettre la pérennité de votre sol. Prenez le temps d’observer chaque zone du plancher, en portant une attention particulière aux variations de couleur, aux déformations et aux signes d’humidité qui trahissent souvent des désordres plus profonds.

Identification des types de briques foraines et briques pleines

Les planchers anciens peuvent être constitués de différents types de briques, chacune possédant des caractéristiques spécifiques. Les briques foraines, reconnaissables à leur format allongé et leurs alvéoles, étaient couramment utilisées pour leur légèreté et leurs propriétés isolantes. Les briques pleines, plus denses et massives, offraient quant à elles une résistance mécanique supérieure. Identifier précisément le type de brique présent dans votre plancher vous permettra de sélectionner des matériaux de remplacement compatibles et d’adapter vos techniques de restauration. Certaines briques terreuses anciennes, cuites à basse température, nécessitent des précautions particulières lors du nettoyage, car elles sont plus poreuses et fragiles que les briques modernes.

Détection des fissures, épaufrures et érosion du matériau

L’inspection visuelle doit se concentrer sur la détection des fissures, qu’elles soient superficielles ou traversantes. Les épaufrures, ces petits éclats sur les arêtes des briques, témoignent souvent d’un trafic intense ou de chocs répétés au fil des années. L’érosion du matériau, particulièrement visible sur les zones de passage, se manifeste par une usure inégale et un aspect feuilleté de la surface. Ces dégradations doivent être cartographiées avec précision pour planifier les interventions de réparation. N’hésitez pas à marquer les zones problématiques avec de la craie ou à réaliser un schéma détaillé de votre plancher, en indiquant l’emplacement et la gravité de chaque défaut constaté.

Évaluation de la solidité du support et du mortier de jointoiement

Pour vérifier la solidité du support, observez d’abord le comportement global du plancher en brique ancien : présente‑t‑il des zones souples, des affaissements localisés, des briques qui « bougent » sous le pied ou qui sonnent creux lorsque vous les tapotez légèrement avec un maillet en caoutchouc ? Ces signes traduisent souvent une perte d’adhérence entre les briques et leur lit de pose. Examinez ensuite le mortier de jointoiement : s’il s’effrite au simple frottement du doigt, se pulvérise ou se détache en petits morceaux, c’est qu’il a perdu une grande partie de ses qualités mécaniques. Dans ce cas, un déjointoiement partiel ou complet, puis un rejointoiement à la chaux s’imposeront pour stabiliser durablement l’ouvrage.

Prenez également le temps de sonder la structure porteuse sous‑jacente lorsque cela est possible (plancher bois, voûte, dalle maçonnée…). Dans un plancher traditionnel, les briques reposent parfois sur des solives ou sur un remplissage léger (terre, mâchefer), lui‑même plus ou moins dégradé. Si vous constatez des fissures importantes dans la dalle, des traces d’écrasement ou de pourriture du support bois, il sera indispensable de faire intervenir un professionnel ou un bureau d’études pour vérifier la capacité portante avant toute rénovation esthétique. Ne perdez jamais de vue qu’un plancher en brique ancien ne se résume pas à son parement : la résistance du support conditionne directement la sécurité et la longévité de l’ensemble.

Analyse de l’humidité ascensionnelle et des remontées capillaires

L’humidité est l’ennemi numéro un d’un plancher en brique ancien. Avant de penser nettoyage ou protection, il est donc essentiel d’analyser la présence éventuelle d’humidité ascensionnelle et de remontées capillaires. Observez les bords de pièce, les zones en contact avec les murs porteurs, les angles froids et les parties situées au‑dessus de caves, garages ou locaux non chauffés. Des auréoles plus foncées, des efflorescences blanches (dépôts salins) ou une sensation de froid permanent au toucher sont autant d’indices qui doivent vous alerter. Une brique qui reste constamment sombre alors qu’elle devrait sécher entre deux nettoyages est souvent gorgée d’eau.

Pour affiner votre diagnostic, vous pouvez utiliser un humidimètre de surface (en location ou via un artisan) et comparer plusieurs zones du plancher en brique ancien. Si les taux relevés sont très élevés et durables, corriger uniquement en surface ne suffira pas : il faudra traiter la cause (mauvaise ventilation, absence de drainage extérieur, défaut de coupure de capillarité dans les murs). Dans certains cas, un assèchement des murs ou la création d’un vide sanitaire ventilé sera à envisager avant de restaurer définitivement le sol. Mieux vaut prendre le temps de résoudre les problèmes d’humidité à la source que de voir votre plancher se dégrader à nouveau quelques années plus tard.

Décapage et nettoyage en profondeur des briques anciennes

Une fois le diagnostic posé, vient l’étape du décapage et du nettoyage en profondeur des briques anciennes. L’objectif n’est pas de rendre le plancher en brique comme neuf, mais de retirer les couches superficielles (cire encrassée, anciens vernis, colles, taches) pour retrouver un support sain, propre et cohérent. À ce stade, on peut comparer le travail à une restauration de peinture : il faut révéler la matière d’origine sans l’agresser. Selon la nature des encrassements, l’âge du sol et la fragilité des briques, plusieurs techniques peuvent être combinées, du brossage doux aux procédés plus techniques comme l’hydrogommage à basse pression.

Brossage mécanique avec brosse métallique et décapeuse thermique

Le brossage mécanique constitue souvent la première approche pour décrasser un plancher en brique ancien. À l’aide d’une brosse métallique manuelle (poils laiton ou acier doux) ou d’une monobrosse équipée d’un disque adapté, vous éliminez les poussières incrustées, les résidus friables de mortier et les anciennes couches de cire superficielle. Travaillez toujours dans le sens des joints, sans forcer sur les arêtes pour ne pas les épaufrer davantage. Sur les zones très encrassées, le recours ponctuel à une brosse rotative montée sur perceuse peut être envisagé, à condition de régler une vitesse modérée et de tester d’abord sur une partie peu visible.

En présence d’anciennes peintures, vernis ou colles tenaces (par exemple après la dépose d’un ancien revêtement), la décapeuse thermique peut s’avérer utile. En chauffant doucement la pellicule à retirer, vous la ramollissez et pouvez ensuite la racler avec une spatule à bout arrondi. Veillez toutefois à ne jamais surchauffer la brique : au‑delà d’une certaine température, l’eau contenue dans ses pores se dilate et peut provoquer des éclats internes. L’idéal est de travailler par petites zones, en maintenant la buse de l’outil en mouvement continu et en finissant toujours par un brossage à sec pour éliminer les derniers résidus. Vous vous demandez si cette étape est indispensable ? Dans la plupart des cas, oui, car elle conditionne l’adhérence des traitements de protection ultérieurs.

Application de produits décapants spécifiques pour briques terreuses

Lorsque les encrassements sont chimiques (huiles anciennes, colles synthétiques, résines), le brossage mécanique ne suffit pas toujours. On a alors recours à des décapants spécifiques pour briques ou pour supports minéraux. Privilégiez des formules en gel, peu agressives, sans soude caustique ni solvants trop volatils, qui respectent la porosité des briques terreuses. L’idée n’est pas de « grignoter » la matière, mais de ramollir le polluant pour le rendre éliminable à la spatule et à la brosse. Appliquez une couche régulière au pinceau, laissez agir selon les préconisations du fabricant, puis grattez délicatement.

Rincez toujours abondamment à l’eau claire, idéalement à l’éponge humide plutôt qu’au jet à grande eau, afin de ne pas saturer le plancher. Sur un plancher en brique ancien posé sur plancher bois, cette précaution est encore plus importante pour éviter les infiltrations. Comme pour tout produit chimique, réalisez un essai préalable sur une petite zone discrète : vous vérifierez ainsi que la teinte de la brique ne se modifie pas, que les joints ne sont pas attaqués et que la surface ne devient pas poudreuse. En cas de doute, mieux vaut opter pour des solutions mécaniques plus lentes mais plus sûres.

Hydrogommage et sablage à basse pression pour surfaces fragiles

Pour les supports très fragilisés ou les briques extrêmement poreuses, on peut recourir à des techniques douces de micro‑gommage : l’hydrogommage ou le sablage à basse pression. Le principe ? Projeter, à l’aide d’une machine spécialisée, un mélange d’eau et d’abrasif très fin (poudre minérale, bicarbonate, micro‑billes) sur la surface à nettoyer. L’action est comparable à celle d’une gomme sur un crayon de papier : on enlève progressivement les couches superficielles sans altérer le support sain. La pression, le débit d’eau et la granulométrie de l’abrasif sont soigneusement réglés pour s’adapter à chaque plancher en brique ancien.

Ce type d’intervention doit toutefois être confié à une entreprise spécialisée, car une mauvaise mise au point des paramètres peut causer plus de dégâts qu’elle n’en répare : joints creusés, briques « sablées » trop profondément, perte de relief. L’hydrogommage convient particulièrement bien aux grands plateaux de briques foraines en intérieur ou aux sols d’anciens ateliers fortement encrassés par les huiles et poussières grasses. Après traitement, un temps de séchage complet est indispensable avant toute autre opération, surtout si vous envisagez une imperméabilisation ou une vitrification.

Traitement des taches d’huile et efflorescences salines

Les taches d’huile et de graisse sont fréquentes sur les planchers en brique anciens qui ont servi de locaux techniques, d’étables ou de garages. Pour les traiter, commencez par appliquer une pâte absorbante (terre de Sommières, poudre absorbante spécifique) sur la zone tachée. Laissez agir plusieurs heures, voire une nuit complète, puis brossez et aspirez. Répétez l’opération jusqu’à ce que la tache s’estompe. Pour terminer, un nettoyant alcalin doux, dilué dans de l’eau tiède, aidera à émulsionner les derniers corps gras sans attaquer la brique. Là encore, un essai préalable sur une zone limitée est préférable.

Les efflorescences salines, ces dépôts blancs et poudreux, résultent des sels dissous dans l’eau qui migre à travers la maçonnerie. Les éliminer en surface est relativement simple : un brossage à sec, suivi d’un passage à l’éponge légèrement humide, suffit généralement. Mais pour éviter leur réapparition, il faudra traiter la cause des remontées capillaires (drainage, ventilation, barrière hydrofuge dans les murs). Évitez absolument les produits filmogènes « anti‑salpêtre » qui ferment les pores sans traiter la source de l’humidité : à terme, la pression interne peut fissurer la brique. Un plancher en brique ancien doit pouvoir « respirer », comme un vêtement en laine qui régule l’humidité sans la bloquer.

Réparation structurelle et remplacement des briques endommagées

Une fois le décapage achevé, l’état réel du plancher apparaît : briques fissurées, manquantes, joints effondrés, zones affaissées. C’est le moment d’envisager la réparation structurelle. Comme pour un puzzle ancien, l’enjeu est de remplacer les pièces vraiment perdues et de consolider celles qui peuvent être sauvées, tout en préservant l’homogénéité d’ensemble. Sur un plancher en brique ancien, les interventions ponctuelles, ciblées et réversibles sont à privilégier, plutôt qu’une démolition massive suivie d’une reconstruction « à neuf » qui ferait perdre tout le caractère du sol.

Techniques de purge et d’extraction des briques dégradées

Les briques trop fissurées, éclatées ou pulvérulentes doivent être purgées. L’extraction se fait avec soin : à l’aide d’un burin fin et d’un marteau, vous dégagez d’abord le joint périphérique sur toute l’épaisseur, en veillant à ne pas endommager les briques voisines. Une fois les joints libérés, la brique se désolidarise et peut être retirée en morceaux, voire entière si elle est simplement descellée. N’essayez jamais de la « faire sauter » par dessous en forçant sur le support : vous risqueriez de créer des poches vides ou de détériorer la structure.

Profitez de cette purge pour examiner le lit de pose : est‑il homogène, bien compact, ou au contraire friable, humide, infesté de sels ? Si le support est trop abîmé, il peut être nécessaire de le reconstituer partiellement (mortier de chaux maigre, lit de sable stabilisé, chape allégée) avant de poser une brique de remplacement. Dans le cas de grandes zones dégradées, mieux vaut travailler par phases successives, en évitant d’ouvrir toute la surface en même temps, afin de ne pas déstabiliser le plancher en brique ancien. Pensez à repérer chaque zone purgée sur votre schéma initial pour garder une vision globale du chantier.

Sélection de briques de récupération ou reproduction artisanale compatibles

Le choix des briques de remplacement est capital pour préserver l’esthétique et le comportement mécanique du plancher. L’idéal est de recourir à des briques de récupération issues de démolitions de bâtiments de la même époque et de la même région. Leur teinte, leur texture de surface et leur porosité seront naturellement proches de celles d’origine, ce qui garantit une meilleure homogénéité visuelle et technique. De nombreux négociants spécialisés proposent ce type de matériaux anciens, mais il est parfois nécessaire de fouiller un peu pour trouver la bonne « famille » de briques.

Lorsque la récupération est impossible ou insuffisante, on peut faire réaliser des reproductions artisanales auprès de briquetiers qui travaillent encore à la main ou en petites séries. En leur fournissant des échantillons, ils pourront se rapprocher au plus près du format, de la couleur et de la texture de vos briques existantes. Évitez autant que possible de mêler des briques industrielles modernes, très denses et peu poreuses, à des briques terreuses anciennes : vous créeriez des zones au comportement différent face à l’humidité et aux variations thermiques, un peu comme si vous recousiez un tissu ancien avec une pièce de plastique.

Reconstitution du mortier à la chaux hydraulique NHL 3.5

Pour reposer les briques et refaire les joints, on privilégie un mortier de chaux hydraulique NHL 3.5, parfaitement adapté aux maçonneries anciennes. Pourquoi ce choix ? Parce que la chaux assure à la fois une bonne cohésion mécanique, une certaine souplesse (qui suit les mouvements du bâti) et une excellente perméabilité à la vapeur d’eau. À l’inverse, un mortier ciment trop rigide et imperméable risquerait de provoquer des fissures et de concentrer les contraintes dans les briques, qui sont le maillon le plus fragile.

La formulation classique pour un plancher en brique ancien est de l’ordre de 1 volume de chaux hydraulique NHL 3.5 pour 2,5 à 3 volumes de sable lavé à granulométrie adaptée (0/2 ou 0/4 mm selon la largeur des joints). On peut y ajouter une faible proportion de chaux aérienne pour améliorer la plasticité si nécessaire. Le mortier doit être ferme mais onctueux, ni trop liquide (risque de retrait excessif), ni trop sec (adhérence insuffisante). Humidifiez légèrement le support et les briques avant la pose pour éviter un séchage trop brutal qui nuirait à la prise.

Rejointoiement traditionnel et finition des joints au fer

Une fois les briques reposées et calées, le rejoitoiement des lits et abouts est réalisé au fur et à mesure ou dans une seconde étape, en fonction de l’organisation du chantier. Le mortier est appliqué à la truelle langue‑de‑chat ou au fer à joint, en veillant à bien remplir toute l’épaisseur sans laisser de vides. On cherche ni à surcharger, ni à creuser exagérément : un joint légèrement en retrait, serré et lissé, met en valeur la brique tout en limitant les accroches à la poussière. La finition au fer (fer rond ou plat) permet de compacter la surface du mortier et de lui donner un aspect régulier.

Après un début de prise, un brossage doux avec une brosse en chiendent ou en poils de coco vient « décrasser » les arêtes des briques et affiner la texture du joint. Cette opération doit être minutieuse : trop précoce, elle déforme le joint encore plastique ; trop tardive, elle n’a plus d’effet. Au final, le plancher en brique ancien retrouve son module d’origine, avec des joints nets, cohérents, qui jouent pleinement leur rôle mécanique et esthétique. Il faudra laisser sécher et carbonater la chaux plusieurs jours, voire semaines, avant d’appliquer un traitement de protection de surface.

Traitement de protection et imperméabilisation du plancher en brique

Une fois la structure consolidée et les briques remplacées, il serait dommage de laisser votre plancher en brique ancien sans protection. La brique est un matériau poreux : elle absorbe l’eau, les taches grasses et les salissures du quotidien. L’enjeu n’est pas de la « plastifier », mais de lui offrir une imperméabilisation respirante qui limite les pénétrations de liquides tout en laissant migrer la vapeur d’eau. Selon l’usage de la pièce (pièce de vie, cuisine, hall d’entrée, atelier), plusieurs familles de traitements sont possibles, de l’hydrofuge minéral aux huiles et vitrificateurs modernes.

Application d’hydrofuge oléofuge à effet perlant

Les hydrofuges oléofuges à effet perlant sont des produits en phase aqueuse ou solvant qui pénètrent dans les pores de la brique et y déposent des molécules hydrophobes et lipophobes. Concrètement, l’eau, le vin, l’huile ou le café auront tendance à perler en surface plutôt qu’à s’infiltrer, ce qui laisse le temps de les essuyer sans laisser de tache durable. Ce type de traitement est particulièrement adapté aux cuisines, salles à manger et entrées très sollicitées, où les risques de taches sont fréquents.

Pour une efficacité optimale, appliquez l’hydrofuge sur un sol parfaitement sec (souvent après plusieurs jours de séchage minimum, surtout après des travaux de rejointoiement). Utilisez un rouleau à poils courts ou un pulvérisateur, en veillant à saturer uniformément la surface jusqu’au refus. Laissez pénétrer, puis essuyez l’excédent éventuel pour éviter les surbrillances. Un second passage, croisé, renforce la protection sur les planchers en brique anciens très poreux. Choisissez de préférence un produit non filmogène, invisible après séchage, afin de conserver l’aspect mat et minéral du sol.

Imprégnation d’huile de lin cuite ou savon noir traditionnel

Pour ceux qui privilégient une approche plus traditionnelle, l’imprégnation à l’huile de lin cuite, parfois associée au savon noir, constitue une alternative intéressante. L’huile de lin, diluée dans un solvant adapté (essence de térébenthine, substitut désaromatisé) ou formulée en phase aqueuse, pénètre en profondeur dans la brique et la nourrit, tout en la rendant plus hydrophobe. Le savon noir, lui, joue un double rôle : nettoyant doux et agent de patine qui encrasse légèrement la surface pour lui donner ce ton chaud si caractéristique des vieux planchers.

On procède généralement par couches fines successives, en laissant bien sécher entre chaque application, jusqu’à saturation. Le rendu final est légèrement satiné, plus chaleureux qu’un simple hydrofuge, mais aussi un peu plus sensible aux taches grasses. Cette méthode convient très bien aux pièces de vie à trafic modéré. Comme toujours, faites un essai sur quelques briques en périphérie : certains planchers en brique anciens, très clairs à l’origine, peuvent foncer sensiblement au contact de l’huile, ce qui n’est pas toujours souhaité.

Vitrification avec résines polyuréthanes adaptées aux sols anciens

Dans les contextes où l’entretien doit être réduit au minimum (bureaux, boutiques, restaurants), la vitrification d’un plancher en brique ancien avec des résines polyuréthanes spéciales sols minéraux peut être envisagée. Ces produits forment un film protecteur continu plus ou moins satiné ou brillant, très résistant aux taches et à l’abrasion. Ils transforment en quelque sorte la brique en un support comparable à un carrelage émaillé : un simple coup de serpillière suffit au nettoyage courant.

Cette solution n’est toutefois pas neutre pour le bâtiment ancien. En fermant en grande partie la porosité de la brique, on limite les échanges hygrométriques entre le sol et l’air ambiant. Sur un support parfaitement sec, sain, sans remontées d’humidité, cela ne pose généralement pas de problème. En revanche, sur un plancher en brique ancien encore soumis à des remontées capillaires, la vitrification peut piéger l’eau en sous‑face, entraîner des cloques, des décollements, voire des éclatements de briques. Avant d’opter pour cette option, il est donc prudent de demander l’avis d’un professionnel et de s’assurer que toutes les problématiques d’humidité ont bien été résolues.

Finitions esthétiques et entretien durable du sol en brique rénové

Une fois votre plancher en brique ancien protégé, vous pouvez peaufiner son aspect et mettre en place un protocole d’entretien adapté pour qu’il conserve son charme des années durant. C’est un peu comme pour un meuble massif fraîchement restauré : la dernière couche de cire, le lustrage et les gestes de nettoyage au quotidien feront toute la différence entre un sol simplement « remis en état » et un véritable élément de patrimoine mis en valeur.

Patine à la cire d’abeille naturelle et lustrage manuel

Pour accentuer le caractère chaleureux de la brique et lui conférer une légère patine, l’application d’une cire d’abeille naturelle, éventuellement enrichie en cire de carnauba, est une excellente option. La cire vient se déposer en film très fin sur le support déjà protégé (hydrofuge ou huile), apportant un toucher doux et un aspect satiné profond. Elle met en valeur les nuances de couleur, les micro‑reliefs et les irrégularités qui font tout le charme d’un plancher en brique ancien.

La mise en œuvre se fait généralement au chiffon ou au spalter, en couches très fines, suivies d’un lustrage manuel à la brosse douce ou au lustreur muni d’un pad feutre. Plus vous lustrez, plus la brillance augmente. L’intérêt de cette finition est aussi sa réversibilité : en cas de taches ou de surépaisseurs, il est toujours possible de décrasser légèrement et de recirer uniquement les zones concernées. Attention toutefois à ne pas multiplier les couches au fil des années sans nettoyage préalable, au risque d’obtenir une surface poisseuse qui accroche la poussière.

Protocole d’entretien régulier avec savon de marseille

Un plancher en brique ancien, bien protégé, reste un sol vivant qui apprécie les entretients doux et réguliers. Pour le nettoyage courant, évitez les détergents agressifs, les produits anticalcaires ou javellisés qui pourraient altérer la protection et attaquer les joints. Un seau d’eau tiède légèrement additionnée de savon de Marseille ou de savon noir suffit amplement pour dégraisser et rafraîchir la surface. Utilisez une serpillière bien essorée pour ne pas détremper le sol, surtout si le support sous‑jacent est en bois.

En complément, un dépoussiérage régulier à l’aspirateur (brosse parquet) ou au balai microfibre évitera que des particules abrasives ne rayent la surface à chaque passage. En cas de petite tache localisée (vin, café, huile), intervenez rapidement avec une éponge humide et un peu de savon, puis rincez et séchez. Une à deux fois par an, selon l’intensité du trafic, un léger entretien de la couche de cire ou un renfort ponctuel de l’hydrofuge sur les zones de passage peut être programmé pour maintenir un haut niveau de protection.

Restauration de la teinte d’origine avec pigments naturels

Avec le temps, certains planchers en brique anciens présentent des disparités de teinte marquées : briques remplacées trop claires, zones décolorées par le soleil, taches anciennes partiellement gommées. Sans chercher à uniformiser totalement le sol (ce qui ferait perdre son âme), il est possible de réharmoniser la teinte en jouant sur des patines à base de pigments naturels. Mélangés à de la chaux, à une huile ou à une cire, ces pigments (ocres, terres de Sienne, terres d’ombre) viennent légèrement teinter la surface pour rapprocher les briques discordantes de la tonalité dominante.

Ce travail exige doigté et patience : on procède par petites touches, en couches très diluées, en contrôlant le rendu au fur et à mesure. Un peu comme un aquarelliste qui superpose des lavis successifs, vous allez affiner progressivement la couleur sans jamais saturer complètement la matière. Là encore, les essais sur des chutes de brique ou des zones discrètes sont incontournables avant d’intervenir sur des surfaces visibles. Bien maîtrisée, cette technique permet de redonner une unité visuelle à un plancher en brique ancien tout en respectant sa diversité originelle, pour un résultat à la fois authentique et harmonieux.