# Peut-on appliquer du plâtre sur un mur en pierre ?
L’application de plâtre sur des murs en pierre constitue une question récurrente dans les chantiers de rénovation. Cette pratique, héritée de décennies de tradition maçonnière, soulève aujourd’hui des interrogations légitimes quant à sa pertinence technique. Les propriétaires de bâtiments anciens se trouvent souvent confrontés à ce dilemma : faut-il poursuivre cette méthode éprouvée ou privilégier des alternatives plus respectueuses des supports traditionnels ? La réponse nécessite une compréhension approfondie des propriétés physico-chimiques de ces matériaux et de leur interaction dans le temps. Les professionnels du bâtiment observent depuis plusieurs années une évolution des normes qui tend à questionner systématiquement les pratiques historiques au profit d’approches mieux adaptées aux spécificités des maçonneries anciennes.
Analyse de la compatibilité entre le plâtre et les supports en pierre naturelle
La compatibilité entre le plâtre et la pierre naturelle dépend fondamentalement de leurs propriétés physiques respectives. Le plâtre, matériau obtenu par déshydratation du gypse, présente une structure cristalline rigide une fois pris. La pierre naturelle, selon sa nature géologique, manifeste des comportements très variables face à l’humidité et aux variations thermiques. Cette différence fondamentale explique pourquoi certaines applications réussissent tandis que d’autres échouent prématurément. Dans 65% des cas recensés par les experts en pathologie du bâtiment, les désordres constatés sur les enduits plâtre appliqués sur pierre résultent d’une incompatibilité structurelle entre les deux matériaux.
Propriétés hygroscopiques de la pierre calcaire, du grès et du granit
Les pierres calcaires présentent une porosité ouverte variant entre 15% et 35%, ce qui leur confère une capacité d’absorption d’eau considérable. Cette caractéristique implique des échanges hydriques constants avec l’environnement. Le grès, avec sa porosité moyenne de 10% à 20%, manifeste également une perméabilité significative, quoique inférieure au calcaire. Le granit, roche cristalline dense, affiche une porosité minimale inférieure à 2%, le rendant quasi imperméable. Ces différences fondamentales déterminent la capacité de chaque pierre à « respirer » et à évacuer naturellement l’humidité. Lorsque vous envisagez d’appliquer du plâtre, cette donnée devient déterminante pour la durabilité du revêtement.
La capacité hygroscopique d’une pierre influence directement son comportement face aux enduits. Une pierre très poreuse absorbera rapidement l’eau de gâchage du plâtre, provoquant une prise accélérée qui peut compromettre l’adhérence. À l’inverse, une pierre peu poreuse n’offrira qu’un ancrage superficiel au plâtre. Les mesures effectuées en laboratoire révèlent que le calcaire tendre peut absorber jusqu’à 400g d’eau par kilogramme de matière, tandis que le granit n’en absorbe que 5g. Cette disparité explique pourquoi les techniques d’application doivent être adaptées au type de pierre.
Coefficient de perméabilité à la vapeur d’eau du plâtre traditionnel
Le plâtre traditionnel présente un coefficient de perméabilité à la vapeur d’eau (µ) compris entre 6 et 10, ce qui le classe parmi les matériaux moyennement perméables. Cette valeur signifie que le plâtre oppose une résistance modérée au passage de la vapeur d’eau. Pour comparaison, la chaux hydraulique affiche un coefficient µ de 4
à 6 selon sa formulation, tandis qu’un béton dense peut atteindre un µ supérieur à 50. En pratique, cela signifie que le plâtre permet une certaine migration de la vapeur d’eau, sans toutefois offrir la même « respirabilité » qu’un enduit à la chaux. Cette caractéristique intermédiaire explique pourquoi il peut fonctionner correctement sur certains murs en pierre bien ventilés, mais devenir problématique sur des maçonneries anciennes sujettes aux remontées d’humidité.
Lorsque vous appliquez du plâtre sur un mur en pierre, vous créez un complexe dont le comportement hygrothermique doit rester cohérent dans le temps. Si la pierre présente une forte perméabilité et que le plâtre oppose une résistance trop importante à la vapeur, l’humidité risque de s’accumuler à l’interface des deux matériaux. À long terme, cette situation favorise l’apparition de désordres : cloquage, farinage, décollement par plaques. C’est pourquoi le coefficient de perméabilité ne peut pas être considéré isolément ; il doit être mis en relation avec la nature du support et les conditions d’exploitation du bâtiment.
Risques de décollement par incompatibilité des matériaux poreux
Le décollement du plâtre sur un mur en pierre intervient généralement lorsque les transferts d’eau ne trouvent plus d’équilibre entre support et revêtement. Un mur en pierre très poreux, soumis à des variations fréquentes d’humidité, va se dilater et se rétracter différemment du plâtre qui le recouvre. Cette dilatation différentielle génère des contraintes de cisaillement au niveau de l’interface. À moyen terme, ces efforts mécaniques fatiguent la liaison et provoquent le détachement de l’enduit, souvent sous forme d’écailles ou de « drumlinage » (bruit creux à la percussion).
On observe également des incompatibilités liées à la capillarité des matériaux. Un plâtre trop dense, appliqué sur une pierre très ouverte, peut jouer le rôle de « bouchon » et bloquer l’humidité interne. À l’inverse, un plâtre trop léger sur un support peu absorbant offrira un ancrage insuffisant. Dans les études de cas menées sur du bâti ancien, plus de 40 % des décollements d’enduits plâtre sont imputables à une mauvaise analyse de la porosité du support. Pour limiter ce risque, il est indispensable de choisir une formulation de plâtre compatible et de préparer soigneusement la surface, notamment par la création d’une rugosité d’accrochage adaptée.
Impact de l’efflorescence saline sur l’adhérence du plâtre
Les efflorescences salines constituent une cause majeure de dégradation des enduits sur murs en pierre. Issues des remontées capillaires ou d’infiltrations anciennes, ces sels (sulfates, nitrates, chlorures) migrent avec l’eau à travers la maçonnerie. Lorsque l’eau s’évapore à proximité de la surface, les sels cristallisent dans les pores du matériau. Ce processus de cristallisation exerce des pressions internes très importantes, parfois supérieures à plusieurs dizaines de bars, suffisantes pour faire éclater la matrice plâtre. Vous avez sans doute déjà observé ces « fleurs blanches » pulvérulentes qui se développent au pied des murs : il s’agit précisément de ces efflorescences.
Sur un mur en pierre recouvert de plâtre, les sels peuvent cristalliser à l’interface entre support et enduit, créant une zone fragile qui favorise le décollement. Plus l’enduit est étanche et peu perméable, plus la pression saline se concentre sur une faible épaisseur. C’est un peu comme si l’on gonflait un ballon sous une croûte rigide : tôt ou tard, la croûte finit par se fissurer. Pour sécuriser une application de plâtre sur pierre, il est donc indispensable de diagnostiquer la présence de sels, notamment dans les zones basses, et de prévoir, le cas échéant, un traitement spécifique avant toute remise en état des enduits.
Préparation technique du support pierre avant application du plâtre
La réussite d’un enduit plâtre sur mur en pierre repose à plus de 70 % sur la qualité de la préparation du support. Un mur ancien, même apparemment sain, présente souvent des joints dégradés, des poussières incrustées et parfois des contaminations salines invisibles à l’œil nu. Avant de penser épaisseur de plâtre ou type de finition, il est donc crucial de consacrer du temps à cette phase préliminaire. Vous éviterez ainsi de nombreux désordres ultérieurs, souvent coûteux à corriger.
Nettoyage par brossage métallique et décapage des joints friables
Le premier geste consiste à mettre le support « à nu » dans la mesure du possible. Cela implique le décapage des anciens enduits qui sonnent creux, l’élimination des parties pulvérulentes et le nettoyage minutieux de la surface de la pierre. Un brossage métallique manuel ou mécanique permet de retirer les poussières incrustées, les traces de laitance, ainsi que les micro-organismes (mousses, algues, lichens) qui se sont développés au fil du temps. Cette étape améliore considérablement l’accrochage mécanique du futur plâtre.
Les joints de maçonnerie jouent un rôle fondamental dans l’adhérence de l’enduit. Lorsqu’ils sont friables ou creusés, ils doivent être purgés sur une profondeur suffisante, généralement entre 1 et 2 cm. Ce décapage crée des ancrages supplémentaires, comparables à de petites « queues d’aronde » qui verrouillent le plâtre dans la maçonnerie. Dans certains cas, il peut être judicieux de refaire les joints au mortier de chaux ou au mortier bâtard avant d’envisager la phase d’enduisage, afin de stabiliser durablement le support.
Application d’un gobetis bâtard chaux-ciment pour uniformiser le support
Une fois le mur en pierre propre et consolidé, l’application d’un gobetis s’impose presque systématiquement avant la projection de plâtre. Ce gobetis, généralement formulé à partir d’un mélange chaux-ciment-sable (d’où l’appellation de mortier bâtard), a pour fonction principale d’uniformiser la surface et de créer une accroche granuleuse. On le projette en couche mince, de l’ordre de 5 à 8 mm, en veillant à obtenir un aspect rugueux plutôt que lisse. Cette rugosité servira de support mécanique au plâtre.
Le choix de la proportion chaux/ciment dans ce gobetis dépend de la nature de la pierre et de l’exposition à l’humidité. Sur un mur très ancien et sensible, on privilégiera une teneur plus élevée en chaux pour conserver une certaine souplesse et une bonne perméabilité à la vapeur d’eau. Sur un support plus moderne ou plus sollicité mécaniquement (sous-sol, passage fréquent), une légère augmentation de la fraction ciment pourra être envisagée pour renforcer la cohésion. Dans tous les cas, ce gobetis doit être appliqué sur un support préalablement humidifié, afin d’éviter que la pierre n’aspire trop rapidement l’eau de gâchage.
Utilisation de primaires d’accrochage spécifiques pour substrats minéraux
Dans certaines configurations, notamment lorsque la pierre est très lisse (pierre dure, granit, béton de pierre reconstituée) ou lorsqu’elle présente des zones hétérogènes, l’utilisation d’un primaire d’accrochage spécifique peut s’avérer nécessaire. Ces produits, à base de résines synthétiques ou de silicates, créent un pont d’adhérence entre le support minéral et le plâtre. Ils sont souvent chargés de fines particules minérales pour augmenter la rugosité de surface. Vous les trouverez sous des appellations telles que « primaire d’adhérence pour supports fermés » ou « barbotine d’accrochage plâtre sur béton ».
L’application d’un primaire ne dispense toutefois pas du nettoyage ni de la préparation mécanique du support. Il s’agit d’une mesure complémentaire, destinée à optimiser l’adhérence dans les situations délicates. Il convient de respecter scrupuleusement les préconisations du fabricant : dilution éventuelle, temps de séchage, compatibilité avec les plâtres utilisés. Un excès de primaire ou une application sur support humide peut au contraire créer un film trop fermé, défavorable aux échanges d’humidité. Là encore, l’objectif reste de trouver le bon équilibre entre accroche et perspirance.
Traitement anti-salpêtre et hydrofuge des pierres poreuses
Lorsque des efflorescences salines ont été identifiées, un traitement anti-salpêtre s’impose avant toute reprise d’enduit. Ces traitements, généralement à base de solutions aqueuses spéciales, pénètrent dans la maçonnerie et fixent les sels en profondeur, limitant leur migration future. Ils doivent être appliqués sur un support sec ou légèrement humide, après brossage et dépoussiérage soignés des zones contaminées. Selon la concentration en sels, plusieurs passes peuvent être nécessaires, espacées de quelques jours. On laisse ensuite le mur sécher complètement avant d’entreprendre la phase d’enduisage.
Sur des pierres très poreuses et exposées à l’humidité, l’application d’un hydrofuge de masse ou de surface peut également être envisagée. Attention toutefois : tous les hydrofuges ne se valent pas. Sur un mur ancien, il est impératif de privilégier des produits hydrofuges « respirants », à base de silanes ou siloxanes, qui limitent la pénétration de l’eau liquide tout en laissant passer la vapeur. Un hydrofuge filmogène, trop étanche, agirait comme un imperméable posé sur une éponge : l’eau resterait piégée derrière, avec à la clé des désordres aggravés. Avant d’appliquer du plâtre sur un mur hydrofugé, il faut toujours vérifier la compatibilité chimique entre les produits utilisés.
Techniques d’application du plâtre sur maçonnerie en pierre
Une fois le support pierre dûment préparé, la question de la technique d’application du plâtre se pose. Faut-il privilégier un plâtre traditionnel ou un enduit plâtre-chaux ? Quelle épaisseur viser pour éviter les fissures ? À ce stade, la connaissance des caractéristiques des différents liants devient déterminante. L’objectif reste identique : obtenir un revêtement durable, suffisamment résistant, mais capable de suivre les mouvements naturels d’un mur en pierre sans se détacher.
Plâtre de construction traditionnel versus enduits plâtre-chaux mixtes
Le plâtre de construction traditionnel, à base de gypse cuit, offre une prise rapide et une résistance mécanique intéressante. Il est largement utilisé en intérieur sur supports en briques, blocs de béton ou carreaux de plâtre. Sur mur en pierre, il présente néanmoins certaines limites, notamment en termes de souplesse et de gestion de l’humidité. Sa structure cristalline rigide supporte mal les variations dimensionnelles importantes du support. C’est pourquoi, dans le bâti ancien, on lui préfère souvent des enduits mixtes plâtre-chaux, plus tolérants vis-à-vis des mouvements de la maçonnerie.
Les enduits plâtre-chaux associent les qualités de chaque liant : la prise relativement rapide et la facilité de finition du plâtre, la souplesse et la perméabilité accrue de la chaux. Ils se présentent sous forme de mélanges prêts à l’emploi ou de formulations réalisables sur chantier, en respectant des dosages précis. Pour un mur en pierre semi-enterré, par exemple, un enduit plâtre-chaux bien dosé offrira une meilleure capacité à gérer les apports d’humidité ponctuels qu’un plâtre pur. Vous bénéficiez ainsi d’un compromis intéressant entre performance et respect du support.
Mise en œuvre d’un treillis de renforcement en fibre de verre
La mise en place d’un treillis de renforcement en fibre de verre au sein de l’enduit constitue une technique éprouvée pour limiter les risques de fissuration. Ce treillis, à mailles fines, est noyé dans l’épaisseur du plâtre, généralement au tiers supérieur de la couche. Son rôle est comparable à celui d’une armature dans un béton : il reprend les micro-déformations et répartit les contraintes sur une plus grande surface, évitant ainsi la concentration de tensions en un point précis. Sur un mur en pierre hétérogène, alternant blocs durs et joints souples, ce renfort se révèle particulièrement pertinent.
La pose du treillis s’effectue sur une première passe de plâtre encore fraîche. On applique ensuite une seconde passe pour recouvrir complètement la maille, en veillant à ce qu’aucun angle vif ou repli ne subsiste. Il est essentiel d’utiliser un treillis compatible avec les enduits minéraux, résistant aux alcalis, et non un simple grillage synthétique inadapté. Dans les zones sensibles (jonction de matériaux, linteaux, angles de baies), un renfort supplémentaire en bande armée peut être disposé, à la manière des bandes à joint sur plaques de plâtre.
Épaisseur optimale et nombre de couches pour une adhérence durable
L’épaisseur de l’enduit plâtre sur mur en pierre doit être soigneusement dimensionnée. Une couche trop mince ne permettra pas de rattraper les irrégularités du support ni d’assurer une bonne cohésion. À l’inverse, une épaisseur excessive augmentera les risques de retrait, de fissuration et de décollement sous son propre poids. En règle générale, on vise une épaisseur totale comprise entre 15 et 20 mm pour un parement courant en intérieur, répartie en deux à trois passes successives.
La première couche, dite « couche de dressage », sert à accrocher le plâtre au gobetis et à commencer à rattraper la planéité. Elle représente souvent 8 à 10 mm. La seconde couche, ou « couche de renfort », complète l’épaisseur et reçoit éventuellement le treillis de verre. Enfin, une troisième passe de finition, plus fine (3 à 5 mm), permet d’obtenir l’aspect souhaité : taloché, lissé, gratté. Entre chaque passe, un temps de prise suffisant doit être respecté, sans toutefois laisser l’enduit sécher complètement, afin d’assurer une bonne liaison entre les couches. Un support préalablement humidifié contribuera à limiter les retraits différenciés.
Alternatives au plâtre pour le revêtement des murs en pierre ancienne
Dans de nombreux cas, la question n’est pas seulement de savoir comment appliquer du plâtre sur un mur en pierre, mais s’il est réellement pertinent de le faire. Le bâti ancien, en particulier les maisons en pierre des XVIIIe et XIXe siècles, a été conçu pour fonctionner avec des matériaux souples et respirants. C’est pourquoi les professionnels de la restauration privilégient aujourd’hui des alternatives comme la chaux hydraulique naturelle, les mortiers bâtards ou encore les enduits de terre crue. Ces solutions offrent une meilleure compatibilité avec les maçonneries traditionnelles et limitent les risques de désordres à long terme.
Enduits à la chaux hydraulique naturelle NHL 3.5 et NHL 5
Les enduits à la chaux hydraulique naturelle (NHL) constituent sans doute la solution la plus répandue pour traiter des murs en pierre ancienne. La NHL 3.5, plus souple et plus ouverte à la diffusion de vapeur, est particulièrement adaptée aux maçonneries anciennes peu sollicitées mécaniquement. La NHL 5, plus résistante, convient aux zones exposées ou aux soubassements soumis aux chocs. Dans les deux cas, ces enduits présentent un coefficient de perméabilité à la vapeur d’eau inférieur à celui du plâtre, ce qui favorise une bonne gestion des remontées capillaires et de la condensation.
En pratique, l’enduit à la chaux NHL est appliqué en plusieurs couches : un gobetis d’accrochage, un corps d’enduit de 10 à 15 mm, puis une couche de finition plus fine. Ce système permet au mur de « respirer » tout en offrant une surface finie agréable, pouvant rester apparente ou recevoir une peinture minérale. Vous conservez ainsi les propriétés hygrothermiques du mur en pierre tout en améliorant son confort thermique et esthétique. Pour une rénovation durable, notamment dans des pièces semi-enterrées ou des sous-sols, cette option se révèle souvent plus pertinente que le plâtre.
Mortier bâtard chaux-ciment pour bâti traditionnel
Le mortier bâtard, mélange de chaux et de ciment, constitue une alternative intermédiaire intéressante lorsque l’on recherche un compromis entre performance mécanique et respect du support ancien. La chaux assure la souplesse, la capacité d’échange hygrométrique et l’adhérence sur la pierre ; le ciment renforce la résistance mécanique et accélère la prise. Ce type de mortier est particulièrement adapté aux zones sollicitées : encadrements de baies, angles de murs, soubassements exposés aux chocs ou aux ruissellements.
Il convient toutefois de doser le ciment avec prudence. Une proportion excessive rendrait le mortier trop rigide et trop étanche, induisant des contraintes incompatibles avec une maçonnerie ancienne. On vise généralement un dosage où la chaux reste majoritaire, le ciment n’intervenant qu’en complément. Appliqué en enduit de 15 à 20 mm sur un mur en pierre correctement préparé, le mortier bâtard offre un bon compromis entre durabilité et compatibilité. Il peut ensuite recevoir une finition à la chaux ou une peinture respirante, évitant ainsi l’effet « carapace » des revêtements trop fermés.
Enduits de terre crue et torchis pour conservation du patrimoine
Dans les bâtiments patrimoniaux ou les rénovations très soucieuses de l’authenticité, les enduits de terre crue et le torchis retrouvent aujourd’hui une place de choix. Ces matériaux, utilisés pendant des siècles avant l’essor du ciment et du plâtre, présentent des propriétés hygrothermiques remarquables. La terre crue, en particulier, agit comme un véritable régulateur d’humidité : elle absorbe l’excédent de vapeur d’eau lorsque l’air est humide, puis la restitue lorsque l’atmosphère s’assèche. Sur un mur en pierre, elle contribue à stabiliser le climat intérieur tout en préservant la respirabilité du support.
La mise en œuvre de ces enduits nécessite toutefois un savoir-faire spécifique. Les dosages en terre, sable, fibres végétales (paille, chanvre) doivent être adaptés au support et aux conditions d’usage. Un torchis mal formulé ou mal protégé en surface peut se dégrader rapidement en cas de choc ou de ruissellement. En revanche, lorsqu’il est bien réalisé et associé à des finitions compatibles (badigeons de chaux, peintures à l’argile), il offre une solution écologique, réversible et parfaitement respectueuse des maçonneries anciennes. Vous conservez ainsi l’esprit du bâtiment tout en améliorant sensiblement son confort.
Pathologies courantes du plâtre sur support pierre et solutions correctives
Malgré toutes les précautions de mise en œuvre, des désordres peuvent apparaître sur les enduits plâtre appliqués sur murs en pierre, en particulier dans le bâti ancien. Comprendre l’origine de ces pathologies permet de mettre en place des solutions correctives adaptées, mais aussi de prévenir leur réapparition lors de futurs travaux. Parmi les problèmes les plus fréquents, on retrouve les remontées capillaires, les fissurations liées à la dilatation différentielle et les décollements dus à une carbonatation insuffisante du support calcaire.
Gestion des remontées capillaires et pose de barrière étanche
Les remontées capillaires constituent l’une des principales causes de dégradation des enduits sur murs en pierre. L’eau du sol remonte par capillarité à travers les fondations et les assises basses de la maçonnerie, entraînant avec elle des sels dissous. Lorsqu’elle atteint la zone recouverte de plâtre, l’humidité se trouve en partie piégée, faute de pouvoir s’évaporer librement. Les symptômes sont bien connus : auréoles, cloques, efflorescences salines, plâtre qui se désagrège au toucher. Tant que la cause profonde n’est pas traitée, toute réfection d’enduit reste vouée à l’échec à moyen terme.
La solution durable passe par la mise en place d’une barrière étanche à la base du mur, soit par injection de résines hydrophobes, soit par création d’une coupure physique (lorsque la structure le permet). Cette intervention lourde doit être confiée à des professionnels qualifiés, capables de diagnostiquer précisément le niveau d’humidité et la nature des sels présents. Une fois les remontées capillaires maîtrisées, il convient de laisser sécher la maçonnerie sur plusieurs mois avant de refaire les enduits, en privilégiant des matériaux respirants (chaux, enduits plâtre-chaux) et des finitions microporeuses.
Fissuration par dilatation différentielle des matériaux
Les fissures qui apparaissent sur un enduit plâtre recouvrant un mur en pierre sont souvent la manifestation de mouvements différentiels entre le support et le revêtement. La pierre, la chaux, le plâtre et le ciment ne réagissent pas de la même manière aux variations de température et d’humidité. Chacun possède son propre coefficient de dilatation. Lorsque ces matériaux sont associés sans précautions, les contraintes générées lors des cycles saisonniers se traduisent par l’ouverture de microfissures, puis de fissures plus importantes, notamment au droit des changements de matériaux (jonction pierre/brique, reprise de maçonnerie, etc.).
Pour limiter ce phénomène, plusieurs mesures préventives peuvent être mises en œuvre : utilisation d’enduits mixtes plâtre-chaux plus souples, mise en place de treillis de renfort, réalisation de joints de fractionnement dans les surfaces importantes. Lorsqu’une fissuration est déjà présente, la réparation doit commencer par l’identification de la cause : mouvement structurel, retrait d’enduit, vibration, etc. On procède ensuite à une ouverture en « V » des fissures, à un rebouchage avec un mortier compatible, puis, si nécessaire, à la pose d’une bande armée en surface noyée dans un enduit de reprise. Il est primordial de ne pas simplement « masquer » les fissures avec un enduit décoratif ou une peinture, au risque de les voir réapparaître rapidement.
Décollement par carbonatation insuffisante du support calcaire
Sur les murs en pierre calcaire ou sur les maçonneries jointoyées à la chaux, la carbonatation joue un rôle clé dans la cohésion du support. Ce processus chimique, par lequel la chaux réagit avec le dioxyde de carbone de l’air pour redevenir carbonate de calcium, se déroule lentement dans le temps. Si un enduit plâtre est appliqué trop tôt sur un support à base de chaux non encore carbonaté, on crée une sorte de « croûte » qui freine l’achèvement de cette réaction. Le support reste alors partiellement friable sous une couche dure, ce qui favorise le décollement de l’enduit à moyen terme.
Les signes de cette pathologie sont caractéristiques : bruit creux à la percussion, plaques de plâtre qui se détachent en conservant la forme d’origine, surface de la pierre ou des joints pulvérulente en sous-face. Pour y remédier, il n’existe malheureusement pas de solution miracle : il faut déposer les parties défaillantes, laisser le temps nécessaire au support pour durcir et se stabiliser, puis reprendre les enduits avec des matériaux compatibles. Dans certains cas, l’utilisation d’une sous-couche à base de chaux ou d’un gobetis très ouvert permettra de créer une interface plus tolérante entre la maçonnerie calcaire et le revêtement de finition, qu’il soit en plâtre, en plâtre-chaux ou en chaux pure.